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Par Sophie Corin
Coup de coeur et histoire. Deux moteurs qui animent André et Viviane Vossen qui viennent d’inaugurer le splendide Château de l’Ardoisière à Jodoigne. Business, mariage et traditions au rendez-vous !
« Quand j’étais gamin, je venais en vacances chez mon oncle à Jodoigne. Plutôt que de me faire étudier, car il savait que je n’étais pas doué, il me faisait visiter les belles maisons. » Depuis lors, André Vossen cultive une véritable passion pour les vieux bâtiments et leur histoire. À chaque coup de coeur, il ne peut s’empêcher de rénover en prenant soin de retracer l’histoire. « Je ne supporte pas voir des ruines. Quand elles sont belles, je me sens obligé de m’y intéresser. »
Comme pour leur habitation personnelle, leurs bureaux et leur château en France (voir par ailleurs), l’Ardoisière n’a pas échappé à la règle. André Vossen et sa femme l’ont visité pour la première fois, il y a 25 ans. « En quittant, j’ai dit à ma femme qu’un jour, ce château serait pour nous ! », relate André Vossen dans un sourire. Un quart de siècle plus tard, lors d’une réception à la maison communale de Jodoigne, le couple apprend que le bâtiment est à vendre. Ils l’achètent en juin 2010 lors d’une vente publique.
Une histoire à préserver
Le domaine de l’Ardoisière doit son nom à un certain Mathias Albert Vleminks, ancien greffier de Jodoigne comme le rappelle une pierre héraldique disposée à l’entrée de la salle de la métairie. Elle est le blason de cet homme qui a reçu, en 1715, un octroi pour exploiter des ardoises sur la propriété.
Pour André Vossen, il est impensable d’entamer une rénovation sans s’intéresser au contexte historique. C’est ainsi qu’il s’est mis en quête de documents sur le château, projetant même d’en faire un livre. Ainsi, il s’est notamment porté acquéreur des archives rachetées en son temps au dernier notaire Charlot qui a vécu dans le château. Il en a même encadré quelques-unes pour décorer les murs de l’habitation principale. Entre autres, un ancien plan de la propriété sur lequel on voit encore les deux moulins qui existaient de part et d’autre de la Jette et un portrait de Xénon Charlot, à l’origine des travaux de rénovation entrepris en 1870, et son fils, devenu bourgmestre de Jodoigne, qui en a fait une seconde résidence. André a même tenu à rencontrer le successeur de cet ancien bourgmestre de Jodoigne afin de lui soutirer un maximum d’informations. Et il a bien fait puisque c’est ce dernier qui lui a fait cadeau de cette toile.
Une histoire à (re)faire
Quand les Vossen ont racheté le château, alors propriété de la Province du Brabant wallon depuis une trentaine d’années, il était à l’abandon. La métairie avait cependant conservé un état général plutôt acceptable. Autrefois utilisée comme abris pour les chevaux et leurs charrettes, elle était, il y a peu encore, occupée par des ouvriers du C.E.P.E.S. (Centre provincial d’enseignement secondaire), situé quelques mètres plus haut dans le chemin qui mène au château. Ils en avaient fait leur atelier et leur dépôt.
Beaucoup d’accès étaient néanmoins bouchés. Il fut nécessaire d’ouvrir à certains endroits pour faire surgir à nouveau la lumière par de grandes baies vitrées voutées. Totalement absents de cette aile du château, des sanitaires ont dû être ajoutés.
L’habitation principale, quant à elle, était complètement délabrée. À tel point que lorsque le couple est venu visiter les lieux pour la première fois, elle était entourée de barrières « Attention, danger ! » La toiture était remplie de trous, les arbres commençaient à gagner du terrain… même à l’intérieur ! Des planches durent être posées sur toute la surface de la maison afin de pouvoir circuler. « Fort heureusement il n’y a pas eu d’accident car à chaque pas, on risquait de se retrouver dans les caves », explique Corinne Vossen.
Dans le château, quelque soit l’endroit où l’on circule, les lumières s’allument et s’éteignent automatiquement. Une question d’économie mais aussi de qualité d’accueil. À l’intérieur, l’ancien est mélangé au moderne. Au rez-dechaussée se trouvent quatre salles de séminaires et une grande cuisine, sur le point d’être achevée. Deux escaliers en bois massif, installés de part et d’autre du bâtiment, donnent accès à l’étage. L’un, d’origine, a simplement été rénové avec soin. L’autre, complètement mangé par le temps, a dû être remplacé, à l’identique.
À l’étage, 17 chambres doubles avec sanitaires dont une, plus prestigieuse, construite dans la tour du château, est réservée aux mariés.
La métairie du château a été transformée en salle des fêtes, louée pour des séminaires, des mariages… Elle est opérationnelle depuis septembre, suite à une longue période de travaux de plus de deux ans. Maîtres des travaux, André Vossen, bien sûr, et son beau-fils, Stéphane Lebrun, architecte. Le locataire des lieux est libre d’utiliser l’espace à sa bonne convenance mais, tandis que le rez-de- chaussée, disposant de nombreux mange-debout originaux, dessinés par Stéphane Lebrun, se prête plutôt à des réceptions en tous genres, l’étage est, de préférence utilisé comme restaurant.
À côté de la grande salle où les gens se restaurent, une plus petite pièce, retirée, peut servir de loge si un spectacle est organisé par exemple. Prochain projet ? Une terrasse en béton à l’arrière de la métairie avec, pour seul aménagement, une belle table en bois massif, dessinée par Stéphane.
Quant au jardin, il était plutôt mal loti, avec notamment son étang à sec et recouvert d’arbres, qu’il a fallu recreuser pour lui faire retrouver son état originel. Le remplissage, un travail de longue haleine, entrepris depuis le début des vacances d’été, touche tant bien que mal à sa fin. André et Viviane ont également eu l’excellente idée d’aménager une petite île « de robinson » au centre de l’étang, accessible par une petite passerelle de fortune, faite de planches de bois, que les enfants prennent un malin plaisir à franchir. La barque, pourpre, n’attend plus, sur le rivage, que ses passagers.
Les vins
À l’occasion du grand nettoyage de la cour, André et Viviane découvrent l’entrée de la cave. Après avoir aperçu un départ de pierre, ils dégagent l’endroit des gravats. Un escalier, un sous-sol, des caveaux. C’est décidé, ils y stockeront leur vin. Et quel vin ! Celui de leurs propres vignobles qu’ils possèdent dans le Sud-Ouest, au château Ad Francos, dans le bordelais, d’où le vin du même nom. Pour la petite histoire, il y a 12 ans, le couple tombe par hasard sur une petite annonce à propos d’un château à vendre dans le Sud- Ouest de la France, au milieu des vignes, à 10 minutes de Saint-Émilion. Coup de coeur ! Depuis, chaque année, on leur proposait de racheter des vignes, sans succès. Jusqu’au jour où on leur propose un superbe coteau plein sud à l’entrée du village, à 150 mètres du château. « Tous les vieux du village racontaient que c’était les plus belles terres du coin », explique André Vossen. L’achat est concrétisé en 2008. En retraçant l’histoire du château, les heureux propriétaires découvrent que la famille du célèbre oenologue, Michel Roland, y a vécu pendant 150 ans. Son ancêtre avait acheté le château à la révolution et la famille ne l’a quitté qu’il y a une trentaine d’années. Quand André apprend cela, il s’empresse de rencontrer Michel Roland afin de lui demander d’être leur conseiller. Ce dernier lui aurait répondu, les yeux rougis et la voix tremblante : « André, si tu ne me l’avais pas demandé c’est moi qui te l’aurais demandé. » ■
Informations :
Chaussée de Tirlemont, 87B1370 Jodoigne
Tel. : +32 (0)477 595 549
[email protected] http://www.chateaudelardoisiere.com/
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