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© Quentin de Coster

Fruitée l'idée!

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Liège  / Liège

Par Lena Goessens

Du haut de ses 21 ans, le jeune designer belge Quentin de Coster ne manque ni d’imagination ni de culot et s’amuse du qu’en-dira-t-on. À peine quittés les bancs de l’école, ce provocateur à la griffe minimaliste renverse les codes du design contemporain tant par la forme que l’idée…Tête-à-tête.

Au jus !

Quentin de Coster a l’obstination et l’optimisme (dé)mesurés des vrais passionnés. En 2008, il sort tout juste de l’École Supérieure des Arts Saint-Luc à Liège, en qualité de designer industriel, que l’une de ses réalisations scolaires se transforme en un véritable projet commercial. Son produit se vend alors dans le monde entier, de Belgique jusqu’en Chine en passant par New-York et les Pays-Bas. Cette palme d’or revient à Citrange, mélange parfait du citron et de l’orange, du fonctionnel et de l’esthétique. Ce presse-agrumes, original tant par sa forme simpliste que ses couleurs vives, séduit une grande marque néerlandaise active dans le design de cuisine, qui en achète l’idée, le nom, la forme et les droits d’utilisation. En 2011, l’objet s’exhibe à la Triennale Internationale du Design à Pékin, aux côtés d’oeuvres signées par les plus grands designers.

La success story de Quentin de Coster ne se résume pas à la commercialisation du presse-fruit Citrange. Après ces deux années d’études passées, malgré lui, sur les bancs de l’ESA – très peu pour lui le formatage académique – le Liégeois décide de s’évader un an à l’École polytechnique de Milan où il découvre une approche moins pratico-pragmatique que celle donnée en Belgique. Enrichi de cette nouvelle culture, le jeune designer poursuit son exode de l’autre côté de l’Europe avec un stage professionnel de quelques mois dans un bureau d’architectes danois.

C’est du propre !

Dans sa ville natale, le jeune passionné, alors âgé de 18 ans, revisite le lave-vitre à sa façon : décalée et provocante. Newswasher est né en 2009 dans une perspective économique et écologique – et pour le moins - surprenante. « Le projet que l’on devait réaliser pour l’école devait être un objet innovant pour laver les fenêtres. J’ai donc essayé de me détacher du côté pragmatique de la chose en osant repenser la méthode de nos grand-mères pour le lavage des vitres à la place de réinventer la raclette », explique l’artiste. En effet, le concept du projet consiste à rédiger, tel un journaliste qui écrit un papier pour son journal, des articles expliquant la technique ancestrale du lavage de vitre à l’eau, au vinaigre et papier journal. L’idée un peu gag du projet a trouvé preneur. C’est un commissaire d’exposition français qui a été convaincu par ce mode d’emploi des plus contemporains. En 2010, Newswasher et son pulvérisateur participent à la Biennale du Design à Saint-Etienne en France.

Après lecture de la Newswasher, l’utilisateur peut, avec les nombreux toutes-boîtes qu’il reçoit par la poste, laver ses vitres. Et à travers ce projet de création, Quentin de Coster informe aussi les gens sur l’intérêt de recycler du papier. Réaction en quelque sorte à la société de consommation. Une réflexion plus profonde se cache donc derrière l’objet. Mais c’est aussi en analysant quelque peu ses oeuvres que l’on comprend certains traits de la personnalité de l’artiste.

Le concept du projet consiste à rédiger, tel un journaliste qui écrit un papier pour son journal, des articles expliquant la technique ancestrale du lavage de vitre à l’eau, au vinaigre et papier journal.

 

Sa démarche est impulsive, vivante et ludique… à son image et tout à son avantage. « J’aime les objets, le côté narrateur et l’âme qu’ils renferment. Loin des objets robotisés, je veux que ma création soit montrée comme une sculpture avant même d’être utile. » L’objet doit exister au-delà de l’utilisation. Pour y arriver, il fait abstraction du côté fonctionnel de l’objet pour tendre vers l’art et, pourquoi pas, vers l’industrialisation de l’art. L’objet existe sans même être utilisé, c’est un bel objet à l’esthétisme universel. « Ce que j’aime dans les produits minimalistes, c’est que l’on comprend le sens de l’objet et comment il a été fait. » Et d’ajouter : « la simplicité est une évidence pour moi !» L’utilisateur doit comprendre l’objet et la manière dont il a été conçu. « Mais la simplicité c’est aussi ce côté où l’on part de presque rien et où l’on arrive à provoquer quelque chose, à donner forme à la matière. On se fait exister à travers la matérialisation, c’est quasiment pareil que le parent qui se sent vivre à travers son enfant. » Quentin de Coster existe pour ainsi dire à travers ses créations.

Allure de chien !

Sa patte est résolument minimaliste et son approche provocatrice. À la trappe les fioritures. Ce qu’il aime, ce ne sont pas les carrés et les objets froids mais les objets qui ont des couleurs et des formes strictes, bien définies et épurées. À son actif, le jeune homme a plus d’une oeuvre dans ce registre. Animal, encore au stade de prototype, n’attend qu’une seule chose, être réveillé par la chance. Mais de son côté, cette table à l’allure de chien n’attend rien pour éveiller notre mémoire collective et susciter notre questionnement. « ‘Animal’ est le fruit d’une réflexion axée sur les perceptions formelles et stéréotypées liées au monde de l’enfance. » Quentin de Coster s’amuse à titiller les gens en allant chercher le côté stéréotypé qui sommeille en chacun de nous. On retrouve cette arrogance détournée, ponctuée de notes ludiques, au travers de Spot, le nichoir en plastique thermoformé qui épouse les formes d’une soucoupe volante. « Je puise dans la mémoire collective pour trouver des formes collectives, des objets qui parlent. »

Décalage

Les créations de ce designer sont le fruit de plusieurs moteurs naturels : son imagination débordante, son questionnement artistique développé et son sens aiguisé de l’observation. De son propre aveu, « je ne sais pas dire d’où vient mon inspiration. Ça part dans tous les sens. » Un matériau, un processus industriel, de fabrication, le quotidien des gens, une situation cocasse… Le monde est en résumé sa source d’inspiration. Déjà tout petit, il avait l’âme d’un bricoleur et s’amusait à dessiner tout comme le faisait son père. Inspiré et imprégné par l’environnement artistique qui l’entourait, il s’est initié progressivement au travail manuel. « Ce que j’aime avec le travail manuel, c’est qu’on laisse une trace. Il y a quelque chose qui se passe entre la main et la matière », confie-t-il. Amoureux de l’art et doué dans le domaine de l’informatique et du graphisme – bagage acquis en autodidacte - c’est tout naturellement qu’il s’est orienté dans le design industriel, compromis parfait entre dessin, bricolage et informatique. Révolutionnaire et ambitieux : « J’ai envie de montrer ce que je peux faire, de marquer l’histoire et de, pourquoi pas, influencer les autres. » Quentin de Coster a envie de découvrir les choses et de garder, conscient qu’elle ne tient qu’à un fil, cette passion pour le design et l’art.

Avancée !

Au-delà du design, le jeune homme a la tête pleine d’idées et de nouveaux projets. Mais la réalité de terrain peut parfois être moins agréable qu’initialement pensée et, en sa qualité d’indépendant, Quentin de Coster va de « désillusion en désillusion. » Encore aux études, le jeune designer postait déjà sur Internet ses créations et, malgré les réticences de certains de ses professeurs, il a tou- Pièce-clé Citrange, le presse-agrumes réversible en polypropylène revisité by Quentin de Coster. Parfait pour orange, pamplemousse et citron. jours persévéré et cru en lui. Et c’est tout à son honneur puisqu’un de ses objets se vend maintenant au quatre coins du monde. Aujourd’hui, il démarche toujours sur la toile à la recherche de collaborateurs. Mais il n’en reste pas là et faisant fi des désillusions commerciales, le jeune homme lance sa propre activité en créant Design Studio by Quentin de Coster, un studio polyvalent qui couvre aussi bien le design que l’art contemporain et urbain et l’architecture d’intérieure. Sans oublier les projets en cours de création qui vont bientôt fleurir : une collection de pots de fleurs et une lampe innovante avec sa toute nouvelle manière d’orienter la lumière. Des projets prometteurs. Bon vent !

 

Points de vente

Belgique : Habitat Place de la Cathédrale, 14 — Liège

France : Galerie Lafayette rue du Départ, 22 — Paris

Italie : Rinascente Piazza del Duomo, 3 — Milan

USA : MoMa store Spring Street New-York, 81 — New-York 

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