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Par Ronald Kres
Marier les sorcières et les géants, vaste défi. Pas pour la Brasserie des Légendes qui, avec la Quintine et la Gouyasse, donne une vraie saveur au folklore local.
En novembre 1997, Pierre Delcoigne et Vinciane Wergifosse achètent le Castel d’Irchonwelz. Cette bâtisse du XIIe siècle devient alors une brasserie. Pourquoi pas ? À quelques « jets de bière » de la capitale du Pays vert, le jeune ingénieur brassicole décide de s’inspirer du folklore athois pour développer son label. Deux ans plus tard, le premier brassin de la Gouyasse voit le jour et est mis en vente dès le mois d’août 2000. Et c’est sans doute là, la première des bonnes idées du couple brasseur, lier un goût aux us et coutumes locaux. Gouyasse n’étant que le nom du géant local, Goliath, véritable vedette de la ducasse qui se déroule tous les quatrièmes dimanches d’août.
Quelques années plus tard, les deux entrepreneurs remettent le couvert et rachètent la Brasserie Ellezelloise. « Son ancien propriétaire, Philippe Gérard, ne souhaitait pas la vendre aux grands groupes, craignant de voir son entreprise disparaître de la région et les travailleurs perdre leur emploi, précise Pierre Delcoigne. Quand j’étais étudiant, je rêvais d’avoir ma propre entreprise grâce à la formation reçue. Je trouve normal, en retour, de m’efforcer de créer du travail au niveau local. Il était donc naturel pour nous de conserver l’activité en son lieu originel. » Ainsi, depuis décembre 2006, date à laquelle le géant Gouyasse et la sorcière Quintine se sont mariés, est née la Brasserie des Légendes.
Bonne graine
« Enfant, je voulais devenir boulanger, mais admettez qu’être brasseur, c’est finalement un peu le même métier, non ? Dans les deux cas, on crée.», se souvient Pierre Delcoigne. Il faut rappeler aussi que pour lui, fils d’agriculteur, le travail de la terre et de ses produits a une vraie signification. Aujourd’hui, il choisit donc avec grand soin ses matières premières et suit rigoureusement tout le processus de fabrication. Les bières sont brassées exclusivement avec des matières de première qualité – l’orge provient notamment de 20 ha de l’exploitation paternelle – et sont entièrement naturelles, sans aucun additif. C’est la refermentation en bouteille ou en fût qui leur donne ce pétillant 100 % naturel.
Après dix ans, Pierre Delcoigne ne manie plus autant le fourquet, gestion quotidienne des deux entités obligent, le bilan actuel semble positif. Si, il y a cinq ans, son entreprise n’employait que trois personnes, elle en compte aujourd’hui 14 sur les deux sites de production et « là où Irchonwelz produit 3 500 hectolitres, Ellezelles frôle les 3 000 hectolitres. La production de bière de l’ensemble de l’entreprise a encore augmenté d’environ 18% en 2010. Tout en sachant que 80% du chiffre d’affaires provient des ventes en Belgique, et les 20% à l’exportation. Des Pays- Bas jusqu’au Japon ! Ce qui est intéressant, c’est que nous continuons à croître sur le marché intérieur. » Ce sont donc quelque 6 500 hectolitres qui sont brassés... devant les visiteurs qui le souhaitent. « Pour la petite histoire, le lundi et le mardi, c’est la mise en bouteille tandis que les autres jours sont dédiés au brassage. »
Et en parlant de menu, les mets sont traditionnels, de bonne qualité et surtout… à la sauce locale : carbonnade à la Quintine, spaghetti à la sauce Quintine, son pâté, sa crème au chocolat. Que du bonheur !
L’accueil et la diversification sont en effet des préoccupations du couple. En décembre dernier, ils ont, pour ce faire, inauguré une toute nouvelle taverne où les randonneurs (voir par ailleurs) ou les VTTistes peuvent se restaurer. « Nous voulions proposer un menu de qualité et faire bon accueil aux promeneurs, cyclistes et autres visiteurs. Nous avons même aménagé deux douches pour les VTT istes. » Et en parlant de menu, les mets sont traditionnels, de bonne qualité et surtout… à la sauce locale : carbonnade à la Quintine, spaghetti à la sauce Quintine, son pâté, sa crème au chocolat. Que du bonheur ! À l’étage, le bâtiment est prévu pour des noces, des dégustations ou autres teambuildings Tout le dispositif technique est uptodated. Bref, en costume trois pièces, en chaussures de marche ou à vélo, l’endroit vaut vraiment le détour.
D’une bière, deux coups
Ce n’est pas le tout de boire de la bière mais il faut d’abord la produire. Et brasser de la bière nécessite beaucoup d’eau et d’énergie. Par souci écologique et économique – Où est l’oeuf ou est la poule ? – la Brasserie des Légendes se transforme peu à peu en une entreprise durable que Pierre Delcoigne évoque avec la fierté qui s’impose. « Nous possédons notre propre installation d’épuration des eaux. Pendant mes études déjà, j’avais intégré cet aspect dans mon programme. Par ailleurs, nous avons installé quelque 55 m² de panneaux solaires qui nous fournissent en eau chaude. ». Après le brassage, l’eau chaude est récupérée par un système complexe et réutilisée pour le chauffage. « Nous avons aussi installé quelque 250 panneaux photovoltaïques pour produire l’électricité. L’objectif de l’entreprise est donc de générer ainsi 60 % de notre énergie. Soit 50 000 kW sur un total de 85 000 kW qui se traduit par une économie annuelle de 25 000 litres de carburant sur un total de 40 000 litres », précise l’ingénieux ingénieur. Une première du genre en brasserie, semble-t-il.
Renseignements
rue Guinaumont 75
B-7890 Ellezelles
+32 (0)68 28 79 36
www.brasseriedeslegendes.be
Certifié « Bio »
Une seule de leurs bières est labellisée « bio ». Une volonté car il en faut pour tous les goûts. Cette bière est le résultat d’un processus totalement biologique, sans le moindre ajout d’antioxydants et de pesticides. L’orge cultivé biologiquement provient de Hesbaye, région connue pour son agriculture et son élevage. Petit détail qui a son importance. Le seul sucre biologique qui puisse recevoir le label « bio » est issu… de canne à sucre.
Bio Express
Pierre Delcoigne a décroché son diplôme d’ingénieur en chimie et bio-industrie à l’Université catholique de Louvain (UCL), où a également étudié son épouse Vinciane Wergifosse. Il suivra ensuite une spécialisation de 2 ans pour devenir « Ingénieur brassicole » à l’École de Brasserie de Louvain. Un diplôme qu’il a obtenu avec grande distinction. Sa compagne Vinciane Wergifosse, quant à elle, est responsable de l’aspect opérationnel et commercial de l’entreprise.
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