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© Serge Anton

La mémoire tenue au "chaux"

  • Patrimoine
  • / Artisans du futur
Hainaut  / Tournai

Par Julie Boch

Constructions monumentales bordant l’Escaut et véritables foyers économiques, les fours à chaux du Rivage Saint André, implantés au pied du pont de Vaulx-Cherc, ont fait vivre pendant plus d’un siècle la région tournaisienne. Situés à seulement 5 km du centre de Tournai, abandonnés, rendus à la végétation et à l’oubli, les lieux, entourés d’anciennes carrières de pierres mais aussi de grands espaces verts, ont été quelque peu délaissé par les nouvelles générations.

Négligés par le plus grand nombre, certes, mais pas par tout le monde cependant. Depuis 1997, quatre hommes travaillent à redonner vie à ce lieu, riche en histoire et en beauté. Via leur fondation, la fondation FaMaWiWi, Domino, Eric, Quentin et Mathieu travaillent à la réhabilitation des lieux avec pour objectif déclaré de susciter la réflexion et le débat sur le thème de l’art et de la mémoire à travers le développement de divers projets artistiques et mémoriels contemporains.

La fondation FaMaWiWi

FaMaWiWi, le nom sonne comme celui d’un mystérieux chef Indien. Mais détrompezvous, aucun Apache ou Iroquois n’a installé un jour son tipi dans le site des fours. Du moins, pas de mémoire de Tournaisien ! FaMaWiWi n’est autre que l’assemblage des deux premières lettres des noms de famille des quatre fondateurs : Domino Favot, Eric Marchal, Quentin Wilbaux et Mathieu Wilputte. Nés dans la région, la connaissant sur le bout des doigts, les quatre hommes, enfants, ont parcouru ensemble, en long et en large le site des fours à chaux. Depuis lors, trois d’entre eux sont devenus architectes. Quant à Domino Favot, il s’est lancé dans le métier de traiteur. De gamins curieux et fascinés par les lieux, ils sont devenus des hommes concernés et entreprenants, bien décidés à rendre aux fours une place prépondérante, à la mesure de leur histoire.

En décembre 1996, la société immobilière tournaisienne « Rivage Saint-André » - dirigée justement pas nos quatre passionnés et créée spécialement pour assurer la restructuration d’anciens sites industriels désaffectés - achète le site en friche. Plus tard, en 2004, après des années de travaux de déblaiement et de réaffectation, la société cède le site en son entier à la fondation FaMaWiWi. Celle-ci est conçue dans le but de transmettre la mémoire des hommes d’aujourd’hui aux générations futures, en alliant l’art au souvenir. Ce projet dicté par l’amour du lieu, soufflé par le lieu ainsi que par l’alchimie qui existe entre les 4 compères, s’ancre désormais dans ce lieu chargé d’histoire et de poésie que sont les anciens fours à chaux.

Espace de vie et du souvenir

Depuis l’acquisition du site à la fin des années 90, les lieux revivent donc à travers des spectacles, des concerts et des expositions. Les fours sont maintenant répartis en salles d’exposition, ateliers de création artistique, jardin du souvenir et mnémothèque. Ainsi, les grandes salles voûtées ont été restaurées pour accueillir des évènements et l’ancienne ferme est devenue un atelier de création artistique où se donnent différents stages.

Pour accéder au jardin du souvenir et à la mnémothèque, le visiteur doit affronter un magnifique pont-levis et traverser l’imposant bâtiment central, semblable par sa forme et par sa taille à un immense vaisseau échoué au bord de l’Escaut. Il doit ensuite atteindre le jardin, un parc semi-naturel, situé en hauteur, dominant l’ensemble du site. C’est là-haut que les oeuvres d’art, sous forme de bornes, des passeurs de mémoire - semblables au témoin lors d’une course de relais - ont trouvé leur place, au détour des chemins de promenades. Une contrainte seulement : l’oeuvre ne peut pas avoir plus de 10 cm de diamètre, les lieux ne doivent pas devenir un ghetto d’artistes. C’est aussi ici que les cendres des défunts donateurs peuvent être répandues. Quant à la mnémothèque (du grec mnémo : mémoire et têkê : lieu de dépôt), elle est destinée à collecter sous diverses formes les traces des passages individuels sur cette terre. Ces témoignages de vie peuvent être des objets, des textes, des oeuvres d’art, etc. destinés à devenir l’expression d’une mémoire collective pour le futur. La mnémothèque est constituée d’alcôves par spirales pouvant contenir des objets personnels. Il y a désormais 2 forêts : la forêt naturelle et l’autre, la forêt dans la forêt, une forêt de messages pour l’avenir. ■

 

FaMaWiWi, en bref…

Les ressources financières de la fondation proviennent principalement des membres donateurs et des mécènes. Ceux-ci ont un accès privilégié au site. En adhérant à la fondation, les souscripteurs – dits aussi les passeurs de mémoire – participent à une oeuvre commune destinée à leur survivre.

La fondation FaMaWiWi considère comme donateur toute personne faisant un don d’un montant minimum de 1500 €. Le donateur se voit dès lors attribué à vie l’accès aux fours et au jardin statuaire. Il reçoit notamment un badge personnel qui lui permet de déployer les ailes du pont-levis. Il a également le droit de faire inscrire sur le site son nom ou tout autre message mémoriel (suivant les modalités fixées par la fondation) et à y faire disperser ses cendres. La fondation propose encore d’autres services tels que la conception de testaments audio-visuels, la création d’oeuvres ou d’évènements personnalisés, des séances de réflexions sur les rites funéraires, etc.

Renseignements:

www.famawiwi.com

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