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Par Mélanie Noiret
Son visage doux, son sourire et sa mèche sont depuis quelques années des incontournables de la sphère médiatique francophone. Entre le succès de son groupe Suarez, qu’il ne s’agit plus de présenter, et son statut de coach à l’émission The Voice Belgique (qu’on ne présentera plus non plus), le Montois Marc Pinilla a réussi à percer les écrans et les ondes radio.
À l’occasion de la sortie du quatrième album de Suarez, « Ni rancœur, ni colère » (sortie le 17 mars), nous l’avons rencontré autour d’un délicieux cappuccino italien au Van Der Valk Congres Hotel de Mons. Le hasard a voulu que l’entretien se déroule le matin du 27 janvier, à peine quelques heures après la cérémonie des D6bels Music Awards qui récompense les artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est que la veille, même si lui n’était pas présent, il a été récompensé par procuration, à travers les deux prix (Artiste solo et Découverte de l’année) reçus par sa protégée, Alice On the Roof, qu’il produit depuis qu’il l’a découverte à The Voice en 2014. Mais aujourd’hui, après des mois et des mois de travail au service de la jeune prodige montoise, Marc Pinilla revient sur scène avec son groupe et se lance de nouveau à fond dans la promo d’un Suarez juste un peu différent…
Pour en revenir rapidement sur la cérémonie des D6Bels Music Awards, en tant que « découvreur » et producteur, votre ressenti quant à cette double consécration de « votre » Alice ?
C’est l’artiste que je produis, c’est une vraie fierté. Cela a été énormément de travail, d’investissement, voire d’abnégation, presque comme un père avec son enfant. Produire, c’est travailler pour un autre, sans penser à soi. Pendant deux ans, on a travaillé sur son album (NDLR : « Higher », sorti en janvier 2016), mais aussi sur le fait de faire de cette jeune fille charmante et talentueuse une artiste accomplie. Cela fut un long processus, beaucoup de travail et de partages. Je suis très content, très fier d’elle.
Je n’étais cependant pas présent à la cérémonie, je l’ai regardée à la télé. J’avais besoin de calme, d’être un peu loin de tout cela. Je suis en pleine sortie de disque et j’ai besoin de me reconcentrer sur moi, sur ce que je fais, sur mon prochain live. Avec le groupe, on est en train de répéter pour notre prochain concert à l’Ancienne Belgique dans quelques jours, le 4 février. En tant que producteur, pendant 2 ans, j’avais effectivement des raisons d’être à la cérémonie, mais maintenant, je reprends ma casquette d’artiste et j’ai besoin de me concentrer uniquement sur cet aspect-là.
Vous revenez donc aujourd’hui avec Suarez et un nouvel album. Un désir latent de reprendre le chemin de la scène ?
Cet album vient trois ans après le précédent. Bon, il faut aussi compter l’album d’Alice On the Roof entre les deux. Mais oui, je pensais bien revenir sur la scène. Je n’ai jamais eu envie d’abandonner, d’autant plus que c’est là que je me sens le mieux finalement. Cette absence était nécessaire. Il y a eu une grosse surexposition sur le précédent album (« En équilibre », 2014). Tous les festivals, tous les concerts… Ajoutez à cela The Voice Belgique. L’album a super bien marché, mais j’avais besoin de prendre un peu de recul. Quand on est aspiré dans toute cette sphère médiatique, la vision de l’art, de la musique est un peu troublée. Quand on est toujours en mouvement, on ne prend pas de recul. Il m’est difficile de créer dans le mouvement. Il faut un peu d’introspection, et la tournée, la promo ne le permettent pas. Ce que j’avais envie de faire, et ce que j’ai envie de faire, ce sont de belles chansons. Cela a été bénéfique de faire l’ours dans sa tanière pendant un an. Après, cela amplifie le besoin de revenir, de faire de la scène, de faire une campagne pour soi. Bref, de partager ce qu’on a fait dans sa tanière.
« Ni rancœur, ni colère » est un album dans lequel le thème de l’amour est littéralement omniprésent. Cependant, le titre de l’album, qui est aussi le titre du single largement diffusé actuellement dans les médias, ne laisse pas deviner d’emblée cette thématique… Pourquoi avoir choisi ce titre pour figurer tout l’album ?
D’abord, l’amour est un thème éternel, universel et qui me parle énormément et sur lequel j’écris spontanément. Quant à « Ni rancœur, ni colère », c’est, je pense, le bon résumé de qui je suis devenu, ce que je suis maintenant, en 2017. J’ai toujours été quelqu’un d’anxieux, à vouloir tout, tout de suite. Je n’ai jamais été quelqu’un d’apaisé avant aujourd’hui. Ce texte, qui parle en fait d’une histoire d’ex, de rupture, symbolisait assez bien cet état d’apaisement. Après le chaos, les problèmes, le fait d’avoir pris du recul sur tout. En gros, je veux dire que je reviens et que je me sens plutôt bien.
La conception de cet album a-t-il été différent des trois précédents ?
Oui, absolument. Il a été conçu très différemment des précédents. Avant, on partait toujours d’une couleur musicale, d’un gimmick, d’une mélodie accrocheuse. En fait, pour résumer, on partait d’une esthétique pour créer une chanson. Ici, nous sommes partis des chansons pour développer l’esthétique. C’est un processus totalement différent. Nous avons privilégié les chansons, ce qui était totalement nouveau pour nous. Nous sommes revenus à la base. Une chanson, c’est une guitare et une mélodie de chant. Avant, on trouvait un riff de guitare, une sonorité africaine, une rythmique particulière. On essayait de construire une chanson à partr de cela. Ce qui en faisait, selon moi, des demi-chansons. Je suis très fier de ce qu’on a fait auparavant, mais je voulais faire un album où n’importe qui peut se mettre au piano, un album qui peut être joué par tout le monde, pour tout le monde, comme joué par moi seul avec une guitare… Une vraie chanson n’a pas besoin de rien pour exister, juste d’une mélodie et de son texte. On est revenu à cela. C’est ce qu’on a fait avec Alice On the Roof ; toutes les chansons ont été construites avec un piano et sa jolie voix. On a raconté des histoires. Je pense que c’est cela qui marche vraiment et c’est cela qui est le plus vrai.
Vous estimez donc que cet album est plus abouti que les autres ?
Les trois autres albums étaient peut-être très aboutis pour l’artiste, la personne que j’étais avant, mais moins pour celui que je suis maintenant. J’ai davantage besoin de raconter des histoires. J’ai besoin actuellement d’assumer totalement ce que je raconte. Chose dont je ressentais moins le besoin avant. J’avais alors besoin d’un bon refrain, d’une vraie punchline, d’un bon gimmick qui ferait chanter la foule, mais cela me comble moins maintenant. La création devient plus personnelle, j’ai besoin de voyager et de faire voyager par une histoire, pas seulement par une atmosphère.
Y a-t-il dans l’album un ou plusieurs morceaux qui te parlent plus que les autres ?
Oui, j’aime particulièrement « Si seulement », un piano électrique avec voix. Bon, je les aime toutes en soi. On en a créé une trentaine avant d’en choisir onze. J’ai donc eu le choix, et j’ai voulu pouvoir toutes les assumer, ne pas avoir un morceau que je n’assumerais pas ou moins que les autres. J’aime bien aussi « Voir la mer », la dernière. Mes préférées sont en fait les deux plus calmes. Un jour, peut-être, je ferai un album uniquement avec des chansons ultras douces, un album intimiste. Le problème des morceaux calmes, c’est au moment d’être sur scène. Avec Suarez, on déborde d’énergie, on aime la fête, bouger, et les chansons calmes à ce niveau peuvent être bloquantes.
On vous retrouve aussi dans l’album dans un très rafraîchissant duo avec Alice On the Roof ; une reprise de « L’Amour à la plage », le tube de Niagara en 1985…
La reprise d’un tube, c’est l’exercice qu’on a fait sur chaque album. C’est très ludique de faire une reprise, il y a une liberté totale. On ne doit pas être dans la création, on n’a pas le syndrome de la page blanche. On a déjà quelque chose, c’est juste un puzzle à désassembler et à assembler autrement. C’est très gai, j’adore faire cet exercice.
Pour « L’Amour à la plage », je trouvais la chanson originale, du moins si on prend uniquement le texte, et surtout le second degré qui s’y trouve. Maintenant, l’esthétique des années ‘80 ne me parle pas vraiment. Donc, j’ai juste transposé l’esthétique que j’affectionne sur ce texte décalé. Directement, j’ai eu la vision de le faire avec Alice.
Finalement, êtes-vous heureux, satisfait, du résultat final ?
Je m’y sens bien dans cet album, mais il me fait peur dans la mesure où on n’a pas cherché la facilité comme on a pu le faire auparavant. On n’a pas ici quelque chose d’immédiat. On n’a pas cherché les « Ohohoho ». L’album est accessible, mais un peu moins immédiat que les autres. Bon, on ne fait quand même pas une musique de médiathèque très compliquée. Cependant, il est moins première écoute que tout ce qu’on a fait jusqu’à maintenant, donc j’ai très peur de ce que les gens en penseront. Il y a ici une autre lecture de Suarez, une autre approche. L’avantage, c’est que cela va attirer peut-être d’autres personnes, un autre public qui va seulement nous découvrir maintenant.
Malgré le succès rencontré ces 10 dernières années, vous avez décidé de rester dans la région de Mons pour créer et vous développer. Qu’est-ce que cela signifie faire de la musique aujourd’hui en Wallonie ?
Oui, notre studio se trouve toujours dans le petit village d’Hautrage, une pièce de 10 m², entre deux vaches et quatre oies. La Wallonie regorge comme cela d’endroits calmes. On peut ainsi être déconnecté et plus centré sur la création. Je ne peux même pas imaginer créer un album dans une capitale, mais alors pas une demi-seconde ! C’est inconcevable. Même y vivre… J’ai besoin d’absence de mouvement, de calme, d’espace. Ce qui est très bien avec la Wallonie, c’est qu’on est aussi très près du mouvement, c’est facile de s’y rendre. C’est assez gai, c’est pour cela que je ne bouge pas de Mons.
Il ne faut pas croire que c’est l’Eldorado à Londres ou à Paris. C’est nettement plus dur, au contraire. La concurrence est beaucoup plus grande, il y a énormément de gens talentueux qui veulent en être. C’est donc encore plus difficile d’émerger.
En Wallonie, il y a peut-être moins de possibilités de starification et de réussite internationale, avec les revenus démesurés que l’on connaît, mais il y a plus de possibilités d’en vivre tranquillement et de faire ce qu’on veut, librement. Il y a ici une forme de liberté artistique difficile à trouver ailleurs. Mais cela ne nous empêche pas d’aller souvent à Paris par exemple. D’ailleurs, on vient de signer chez Sony France.
D’autres activités en dehors de Suarez et de la production d’Alice On the Roof ?
(Rires). Attends, je vais te dire tout ce que je fais et on verra si ça se case déjà dans 24 heures ! Je suis musicien, compositeur et chanteur de Suarez. Je suis aussi son porte-parole et son manager. Je suis le producteur d’Alice On the Roof. Je suis coach à l’émission The Voice. Je suis également administrateur à la Sabam, j’ai une famille, des amis, un réseau qui est autre que la musique. C’est l’overdose. Parfois, j’aimerais avoir des hobbies, mais c’est le problème du métier-hobby, passion. Tu n’oublies jamais ton métier, tu l’emmènes partout avec toi, il prend toute la place.
Quelles sont tes inspirations actuelles, s’il y en a… ?
Je consomme beaucoup de tout en termes de culture. Le problème du système actuel, de la société actuelle, c’est qu’on est amené à consommer de tout, mais très peu de tout. Je suis tombé dans le panneau avec des Deezer ou autres Spotify. Je ne suis plus fan d’un truc, je surconsomme tout. Je prends le meilleur de tout le monde. Avant, avec les CD’s et les K7, on les usait jusqu’à la corde, à en être complètement fan, addict. Le système de consommation de l’art actuel consiste en une suroffre qui ne nous fait pas vraiment consommer. C’est super pour avoir une palette hyper diversifiée par contre. Pour répondre à la question, finalement, je n’ai pas des inspirations, mais 1000 ! J’ai conscience que mon propre projet peut être perdu dans cette masse. C’est effrayant, mais j’imagine que cela permet aussi à des personnes de découvrir Suarez sans l’avoir spécifiquement cherché.
À propos de consommation, l’album « Ni rancœur, ni colère » sortira-t-il sous diverses formes ?
Oui, il sort évidemment en CD, mais on sort aussi pour la première fois un 45 tours. Une surprise pour les fans. On voit des 33 tours partout, mais j’avais envie de sortir un single. On vendra au prix coûtant lors des concerts ; une face A avec « Ni rancœur, ni colère » et une face B avec « L’Amour à la plage ». Je suis fier, l’objet est super beau.
Mélanie Noiret
« Ni rancœur, ni colère », sortie le 17 mars / www.suarezlegroupe.com / www.pias.com
Prochains concerts :
24 mars, Spirit 66, Verviers
25 mars, Centre Culturel de Mouscron
1er avril, Le Manège, Mons
8 avril, Reflektor, Liège
26 avril, Kulturfabrik, Luxembourg
Ses endroits préférés à Mons
Le Manège et le parc du Beffroi
Découvrez dans le magazine d'été à paraître le 28 juin notre dossier spécial sur CMI, son histoire & son futur.
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